En bref : la péninsule de Nicoya est l’une des cinq zones bleues identifiées dans le monde, ces régions où l’on a recensé un grand nombre de personnes très âgées. Les travaux du démographe Luis Rosero-Bixby confirment que les hommes nicoyens nés avant 1930 ont vécu nettement plus longtemps que les autres Costariciens. Mais cet avantage recule chez les générations plus jeunes, et une partie des records de longévité s’explique par des erreurs d’état civil. Le mode de vie nicoyen reste sain : alimentation végétale, activité quotidienne, liens sociaux forts et eau riche en minéraux.

La Sardaigne, l’île grecque d’Ikaria, Loma Linda en Californie, l’île japonaise d’Okinawa et la péninsule de Nicoya au Costa Rica : ces cinq régions partagent une réputation commune. On y aurait recensé plus de personnes très âgées qu’ailleurs. Le concept de zone bleue fascine, mais il fait aussi débat chez les scientifiques. Voici ce que la recherche établit, ce qu’elle nuance, et ce que le voyageur peut en retenir.

 

D’où vient le terme de zone bleue ?

Le terme naît en Sardaigne. Au début des années 2000, les démographes Michel Poulain et Gianni Pes repèrent une zone montagneuse où les hommes deviennent centenaires en proportion inhabituelle. Ils entourent la région d’un cercle bleu sur leur carte, d’où le nom. Le journaliste Dan Buettner popularise ensuite le concept auprès du grand public, avec le National Geographic puis le livre The Blue Zones.

Cinq régions sont retenues dans cette approche. Elles partagent, selon Buettner, une série d’habitudes de vie que les chercheurs ont ensuite tenté d’évaluer. C’est sur ce point que la science apporte des réponses contrastées.

Une alimentation simple, saine et surtout végétale

Le journaliste Dan Buettner, auteur de “The Blue Zones Solution” (La Solution des Zones Bleues) s’est notamment intéressé à l’alimentation des habitants de ces 5 régions “bleues”. Il explique que ces derniers partagent plusieurs points communs, comme le fait de “manger le plus petit repas de la journée l’après-midi ou le soir” et le fait de “consommer une très faible quantité de viande et de produits laitiers”.

De plus, le journaliste précise que chaque zone bleue est caractérisée par la consommation d’aliments qui semblent être propices à la longévité. 

Sur la péninsule de Nicoya, l’assiette traditionnelle repose sur l’agriculture mésoaméricaine. Les « trois sœurs », haricots, maïs et courge, en forment la base. S’y ajoutent des fruits tropicaux comme la papaye, la banane plantain, la mangue et la goyave, ainsi qu’une consommation modérée de viande et peu d’aliments transformés.

Buettner a aussi observé que les habitants prennent leur repas principal le midi et un dîner léger le soir. Ces observations décrivent une alimentation cohérente avec ce que recommande la nutrition moderne. Elles ne prouvent pas, à elles seules, un lien de cause à effet avec la longévité. La papaye, par exemple, apporte des antioxydants, des fibres et de la vitamine C, mais aucune étude sérieuse ne lui attribue un effet marqué de réduction du risque de cancer.

Une activité physique régulière

L’activité physique semble aussi contribuer à la longévité exceptionnelle de ces zones. Les centenaires ne pratiquent pas forcément une activité sportive intense mais bougent naturellement leurs muscles quotidiennement, notamment à travers un travail relativement physique.

Bouger et être actif tous les jours

Les personnes très âgées de Nicoya ne pratiquent pas d’activité sportive intense. Elles bougent naturellement, tout au long de la journée. Le travail dans les fincas, la marche, le jardinage, l’entretien de la maison et des animaux entretiennent la masse musculaire et la mobilité. Ce mouvement régulier et modéré revient dans les cinq zones bleues.

Des liens sociaux forts et un « plan de vida »

Le facteur social est l’un des plus documentés. Les communautés nicoyennes accordent une place centrale aux aînés, qui restent engagés dans la vie familiale et locale. Beaucoup évoquent un « plan de vida », une raison de se lever le matin. Le sentiment d’utilité et d’appartenance limite le stress chronique, un facteur reconnu de mortalité. Les racines chorotegas et la vie de foi renforcent ce tissu de soutien.

L’eau dure de Nicoya, une piste biologique sérieuse

L’eau de Nicoya percole à travers le calcaire et se charge en calcium et en magnésium. Une étude du Tecnológico de Costa Rica, fondée sur des milliers d’analyses d’eau potable dans le Guanacaste, a examiné le lien entre dureté de l’eau et taux de longévité par district. Ces minéraux contribuent à la solidité des os et pourraient réduire le nombre de fractures graves de la hanche chez les personnes âgées.

Des marqueurs biologiques ont aussi été mesurés. Une étude menée avec l’université Stanford dans le cadre de la cohorte CRELES a montré que les Nicoyens présentaient des télomères plus longs, ces extrémités des chromosomes associées à un vieillissement cellulaire plus lent et à un moindre stress. D’autres travaux ont relevé des différences de méthylation de l’ADN pouvant refléter un vieillissement ralenti. Ces résultats restent des pistes, pas des preuves définitives.

Zoom sur Nicoya : ce que montrent les études démographiques

Le Costa Rica affiche une espérance de vie proche de 80 ans, la plus élevée d’Amérique centrale selon la Banque mondiale. Sur la péninsule de Nicoya, le signal a longtemps été plus marqué encore. En s’appuyant sur des registres de décès et des données électorales, plus fiables que les déclarations de recensement, Luis Rosero-Bixby et ses collègues ont estimé que les hommes âgés de Nicoya avaient, entre 1990 et 2011, un taux de mortalité environ 20 % inférieur à celui des autres Costariciens.

Ce résultat repose sur la cohorte CRELES (Costa Rican Study on Longevity and Healthy Aging), suivie depuis 2007. Pour les générations les plus anciennes, l’espérance de vie résiduelle des hommes nicoyens dépassait même celle des Japonais du même âge, référence mondiale de longévité. C’est ce socle démographique qui a valu à Nicoya son statut de zone bleue.

L’avantage de Nicoya est-il en train de disparaître ?

Oui, en grande partie. En 2023, Rosero-Bixby a publié dans la revue Demographic Research une analyse portant sur une base de 550 000 adultes costariciens suivis entre 1990 et 2020. Sa conclusion est nette. L’avantage de Nicoya s’efface au fil des générations.

Les hommes nicoyens nés en 1905 avaient une mortalité adulte inférieure de 33 % à la moyenne nationale. Ceux nés en 1935 n’avaient plus que 4 % d’avantage. Ceux nés en 1945 affichaient au contraire une mortalité supérieure de 10 %. Le foyer historique de longévité s’est réduit à une petite zone au sud de la péninsule, le long du corridor allant de Hojancha vers la plage de Sámara. Les Nicoyens nés avant 1930 encore en vie restent exceptionnels, mais la fenêtre pour les étudier se referme.

La controverse : les zones bleues remises en question

Le concept lui-même a été sérieusement contesté. En 2024, le démographe Saul Justin Newman, de l’University College London, a reçu le prix Ig Nobel de démographie pour un travail montrant que de nombreux records d’âge extrême reposent sur des données défaillantes. Erreurs d’état civil, absence d’actes de naissance et fraude aux pensions expliqueraient une part importante de ces cas.

Le Costa Rica est directement concerné. En 2008, un contrôle a révélé que 42 % des Costariciens déclarés âgés de 99 ans et plus avaient donné un âge erroné lors du recensement de 2000. Après correction partielle, la zone bleue de Nicoya se serait réduite d’environ 90 %, et l’espérance de vie aux grands âges serait passée d’un niveau record à un niveau bien plus ordinaire. Newman souligne aussi que les zones bleues correspondent souvent à des régions pauvres, où les registres sont peu fiables.

Cette critique ne dit pas que personne ne vit vieux à Nicoya. Elle rappelle que les chiffres les plus spectaculaires doivent être maniés avec prudence. C’est précisément pourquoi les travaux de Rosero-Bixby, fondés sur des registres de décès, gardent leur valeur : ils confirment un signal réel pour les hommes des anciennes générations, tout en montrant qu’il faiblit.

Facteurs de longévité à Nicoya : le point sur les preuves

Facteur Ce qu’observent les chercheurs Solidité de la preuve
Faible mortalité des hommes âgés (générations nées avant 1930) Environ 20 % de mortalité en moins sur 1990-2011, d’après les registres de décès (Rosero-Bixby) Solide
Recul de l’avantage chez les jeunes générations Effet de cohorte : les hommes nés en 1945 ont une mortalité supérieure de 10 % à la moyenne nationale Solide
Eau dure riche en calcium et magnésium Corrélation entre dureté de l’eau et longévité, os plus solides et moins de fractures Plausible
Télomères plus longs, stress moindre Marqueurs de vieillissement cellulaire ralenti mesurés dans la cohorte CRELES Plausible
Alimentation végétale et dîner léger Régime cohérent avec la nutrition moderne, mais sans lien de causalité démontré Plausible
Nombre très élevé de centenaires Surestimé par des erreurs d’état civil et des déclarations d’âge inexactes Discutée

Alors, faut-il croire au secret de Nicoya ?

La réponse honnête est nuancée. Nicoya n’est pas une fontaine de jouvence, et les records de centenaires ont été surestimés. Mais un avantage de longévité réel a bien existé pour les hommes des anciennes générations, et le mode de vie local reste favorable à la santé : alimentation simple, activité physique douce et quotidienne, liens familiaux serrés et faible exposition au stress urbain.

Ce sont des principes que chacun peut appliquer, sans partir à l’autre bout du monde. Et si vous souhaitez découvrir la région, la péninsule offre bien plus qu’une étiquette scientifique. Ses plages du Guanacaste et de Nicoya, sa culture chorotega et son rythme de vie paisible, la fameuse « Pura Vida », valent le détour pour eux-mêmes. L’annexion de Nicoya au Costa Rica, célébrée chaque 25 juillet, en dit long sur son identité singulière.

 

Questions fréquentes

Nicoya est-elle vraiment une zone bleue ?

Nicoya a été reconnue comme zone bleue sur la base de données démographiques montrant une faible mortalité des hommes âgés. Ce signal est confirmé par des registres de décès pour les générations nées avant 1930, mais il s’affaiblit chez les générations plus jeunes.

Pourquoi les habitants de Nicoya vivent-ils longtemps ?

Plusieurs facteurs sont avancés : une alimentation végétale à base de haricots, maïs et courge, une activité physique quotidienne et modérée, des liens sociaux forts, un sens du « plan de vida » et une eau riche en calcium et magnésium. Aucun de ces facteurs ne suffit à lui seul.

Le concept de zone bleue est-il scientifiquement fiable ?

Il est contesté. Le démographe Saul Justin Newman a montré en 2024 que beaucoup de records d’âge extrême reposent sur des erreurs d’état civil ou des fraudes. Les études les plus solides, fondées sur des registres de décès, gardent toutefois leur valeur pour Nicoya.

Peut-on visiter la zone bleue de Nicoya ?

Oui. La péninsule de Nicoya, dans la province du Guanacaste, se visite facilement lors d’un voyage au Costa Rica, entre plages du Pacifique, villages traditionnels et nature préservée.

À propos de l’autrice

Jenna, conceptrice voyage chez Terra Caribea, proche des communautés locales. Notre agence francophone, basée à San José, construit des séjours sur mesure au Costa Rica, y compris à la découverte de la péninsule de Nicoya et du Guanacaste.

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Sources scientifiques

  • Poulain M., Pes G. M. et al. (2004), « Identification of a geographic area characterized by extreme longevity in the Sardinia island: the AKEA study », Experimental Gerontology.
  • Rosero-Bixby L., Dow W. H., Rehkopf D. H. (2013), « The Nicoya region of Costa Rica: a high longevity island for elderly males », Vienna Yearbook of Population Research.
  • Rehkopf D. H., Dow W. H., Rosero-Bixby L., Lin J., Epel E. S., Blackburn E. H. (2013), étude sur la longueur des télomères à Nicoya, Experimental Gerontology. Synthèse : Stanford Medicine.
  • Rosero-Bixby L. (2023), « The vanishing advantage of longevity in Nicoya, Costa Rica: A cohort shift », Demographic Research, vol. 49, art. 27 : demographic-research.org.
  • Newman S. J. (2024), « Supercentenarian and remarkable age records exhibit patterns indicative of clerical errors and pension fraud » (prix Ig Nobel de démographie 2024) : University College London.
  • Ramírez Leiva A. et al. (2015), étude sur la dureté de l’eau et la longévité dans la péninsule de Nicoya, Revista Tecnología en Marcha, Tecnológico de Costa Rica : SciELO Costa Rica.
  • Cohorte CRELES (Costa Rican Study on Longevity and Healthy Aging), Universidad de Costa Rica.

Article initialement publié en 2020, mis à jour le 31 juillet 2026.